Test : Sepia Tears

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Lors d’un précédent test, j’avais affirmé haut et fort ne point trop apprécier les mangas à la sauce kawai (et je ne vous referai pas les jeux de mots à deux euros sur les sauces). J’avais un peu menti. Autant l’avouer. Mais il me fallait bien une introduction convenable, un peu comme celle que je cherche, en vain, à écrire, ici, avec les formes. En réalité, j’ai toujours beaucoup aimé les mangas, et avais secrètement, aimé la « Juliette » de « Juliette, je t’aime ». J’aime le dessin, j’aime la peinture, j’aime le manga, j’aime l’art, donc j’aime le manga qui est une forme d’art à part entière. Car il met toujours en avant les expressions des visages. Et, tout le monde le sait, un visage ne ment jamais. Ce n’est pas Jack Nicholson qui me contredira.

Il existe beaucoup de jeux qui reprennent le design des mangas. La plupart au profit de l’action pure, malheureusement. Rares sont ceux qui utilisent cet univers à des fins moins brutales et plus subtiles. Un genre est en sous-représentation, du moins en sous-représentation de qualité, celui des visual novel. Ce genre un peu particulier, très connu au Japon, consistant à vous mettre dans la peau d’un personnage au sein même d’une histoire écrite et imagée, comme dans un roman que l’on pourrait qualifier d’interactif. Il en existe peu, mais en cherchant un peu sur le playstore, avec la délicatesse de mon doigté (beaucoup de femmes me le disent), j’ai découvert récemment Sepia Tears (tout un programme), un jeu développé par les studios Team NEET. En espérant que cette team fasse place nette dans un genre qui mériterait un petit coup de balai comme seule Marry Poppins en est capable.

Une nouvelle visuelle à défaut d’une nouveauté visuelle

Comme je le disais, artistiquement, le manga a une patte certaine que l’on peut aimer ou détester, cela va de soi. Souvent des personnages aux visages forts expressifs, aux grands yeux ouverts au monde, en passant par d’autres stéréotypes. Sepia Tears s’inscrit dans cette mouvance, avec des personnages bien dessinés et très agréables à regarder au demeurant, notamment les jeunes filles (il faut dire ce qu’il en est).

Des décors inégaux en qualité

Des décors inégaux en qualité

En revanche, concernant les décors environnants, nous alternons rapidement de l’enchanteur au beau, mais aussi au médiocre. Clairement, Sepia Tears n’arrive point à se trouver une harmonie globale. Les arrières plans sont, la plupart du temps, des photographies retravaillées avec des couleurs pastelles. Il y a du bon et aussi du moins bon, avec cette mauvaise impression de travail inachevé, comme une peinture non sèche.

Il en résulte un gros contraste entre la qualité de ce qui est vraiment dessiné et de ce qui est juste retravaillé à partir d’un support classique. De là à dire que la fiction est plus intéressante que la réalité ?

Une fiction travaillée et enchanteresse

L’intérêt principal d’un visual novel, le principe fondateur qui porte l’ensemble et demeure son ossature principale réside son histoire. Et, de ce point de vue, Sepia Tears est plutôt réussi. Comme la majorité de ces histoires interactives, le sujet porte sur l’amour avec un grand A, non pas avec un grand Tas comme dans certaines parties dites carrées.

Des personnages réussis, qui vous feront, parfois, battre le cœur

Des personnages réussis, qui vous feront, parfois, battre le coeur

Et pourtant, l’histoire est bien plus carrée que certaines parties, même si elle part sur des bases dites classiques pour le genre. Vous incarnez (comme un ongle) un lycéen nommé Mark (avec un « k », cela fait plus klasse) rencontrant une jeune fille nommée Myra. Qui semble le connaître mieux que lui ne la connaît. Est-elle tirée d’un rêve ou d’une réalité passée voire enfouie ? Telle est le thème développé. Un thème intéressant qui mettra en scène plusieurs personnages secondaires telle que la sœur de notre héros qui n’en est point un, son meilleur ami, et une fille pour qui il porte une attirance incertaine. Bref, c’est une histoire d’amour, vous l’avez deviné, qui est mise en avant. Mais une histoire d’amour complexe, comme toutes les vraies histoires d’amour (Regardez « Juliette, je t’aime », vous comprendrez).

Myria a tendance à surgir de nulle part !

Myra a tendance à surgir de nulle part !

La force de Sepia Tears n’est pas uniquement de faire pleurer les arbres, mais de mélanger et de faire partager au joueur des émotions fortes, parfois contradictoires. On passera facilement du rire à l’inquiétude, de la fascination au désarroi, du désespoir à l’amour. Comme dans un bon film de genre.

Un genre qui peut desservir le jeu

Avec une telle appellation de paragraphe, nombreux seront ceux qui se poseront la question simple de savoir ce que j’ai bien pu encore picoler en écrivant. Et nombreux, je l’espère, seront heureux de savoir que je n’ai rien bu.

Des situations mimi comme tout

Des situations mimi comme tout

Le visual novel a cette particularité de n’avoir que peu d’actions à proposer au joueur. Nous sommes bien loin d’un livre dont vous êtes le héros. Seuls quelques choix, opportuns, débloquant ou bloquant certaines scènes, seront là pour vous aiguiller. Mais ils seront rares, très rares, reléguant ainsi le joueur en un simple spectateur. Le genre le veut ainsi, mais certains pourraient se sentir frustrés devant aussi peu d’opportunités. On peut y voir ainsi une forme de faiblesse : on vous met dans la peau d’un personnage qui vit une histoire forte et, sur certains points, passionnante car introspective, mais avec cette impossibilité de faire finalement ce que l’on voudrait bien faire.

De là, nous pouvons, en toute légitimité, nous demander si Sepia Tears est un véritable jeu ou une simple expérience littérale. En tant que joueur de longue date, ayant vécu bien des époques, je répondrai que Sepia Tears est joueur, malgré les restrictions évoquées ci-dessus. Car l’on s’y amuse. Quoique l’on en dise. Entre l’histoire réussie, l’humour distillé au gré des flocons de neige, les sentiments qui feront naître le bon en vous sans tomber dans le fleur-bleu, Sepia Tears est très distrayant. Et c’est le signe d’une forme certaine de réussite.

Entièrement gratuit, globalement bien dessiné en dehors des décors, avec une intrigue où l’écriture n’a pas été mise de côté, Sepia Tears est un visual novel réussi. Il pourra vous intriguer, pour peu que vous disposez d’un niveau correct en anglais (rien n’est insurmontable et pourtant, je ne suis guère un expert en langues étrangères, en dehors de celles des jeunes filles que j’ai croisées durant mon adolescence) voire même vous absorber totalement pendant de nombreuses heures. Néanmoins, devant le peu de choix marquants proposés durant votre périple, et cette impression, parfois désagréable, de se retrouver devant une simple « anime », il pourra rebuter les plus poilus d’entre-vous. Pourtant, il se révèle être une bonne surprise pour ceux adorant le genre. Pour les autres, essayez-le tout de même, il ne vous coûtera rien si ce n’est un peu de votre temps et une simple désinstallation si vous n’accrochez pas. Pour ma part, je suis déçu de l’avoir terminé et j’attends, avec impatience, que Katawa Shoujo (un autre visual novel de qualité) soit enfin adapté sur Android. Mais, il y a de quoi faire rêvasser mon cœur d’adolescent, car les cœurs ne vieillissent pas, surtout concernant l’amour. Sur ce, je me dois de vous laisser, j’ai le dernier « Juliette, je t’aime » à regarder en cachant mes larmes d’une manche tremblante.

Testé par J.Canonne • 78%
  • Dessins des personnages fort réussis
  • Musiques sympathoches
  • Histoire intéressante et envoûtante
  • Totalement en anglais
  • Manque de choix dans le déroulement de l'aventure

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